Si le diable... 2

Publié le par CONFIANCE


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        « Qui êtes-vous ?  » sursauta le prêtre. « Ce que vous venez de dire là, un seul peut le dire : le diable.  »

« Je suis le diable ! S’il vous plaît, donnez-moi l’absolution.  »

« Je ne peux pas te donner l’absolution. Je peux absoudre le plus grand pécheur, mais pas toi. »

« J’en avais le pressentiment. C’est cela mon malheur.  »

« Quoi ? »

« De ne pouvoir me confesser. Oh ! monsieur le Curé,  » dit Satan, respirant avec difficulté « comme j’envie les hommes de pouvoir le faire. Comme j’échangerais volontiers mon sort avec celui du dernier des mendiants, avec n’importe quel assassin condamné à mort. Tous ceux-là peuvent se confesser ! Moi, je ne le peux pas ! C’est pourquoi je les envie ! C’est pourquoi j’exhorte les hommes, se préparant à la confession, à cacher leurs plus gros péchés et comme je me réjouis alors, quand j’y réussis, car alors j’ai trouvé quelqu’un que je n’ai plus besoin d’envier. Tous les cent ans j’essaie une fois de me confesser, mais jamais encore aucun prêtre ne m’a donné l’absolution. Je vais donc continuer ma route, haïssant Dieu et les hommes.  »

Avec un soupir de désespoir sans nom, l'homme se leva et repartit sur sa jambe de bois. Profondément bouleversé, le prêtre leva la tête. Il passa la main sur ses yeux... véritablement, il avait dû rêver.

Un jeune homme, agenouillé devant le confessionnal, s’avança et avoua ses péchés. A l’un des commandements les plus importants, il hésita un instant.

« As-tu tout avoué ?  » demanda le prêtre.

« Oui, tout. »

« N’as-tu rien omis, par hasard ? Réfléchis encore une fois. Tu sais qu’une mauvaise confession est un malheur terrible, qu’un confesseur n’a jamais le droit de parler de ce qui lui a été dit… Et maintenant, dis-moi, n’as-tu pas caché quelque chose quand même ? »

« Comment savez-vous cela, Monsieur le Curé ?  » balbutia le jeune homme.

« J’en ai eu le pressentiment. »

« Oui, j’ai dissimulé quelque chose  » répondit le pénitent. « J’avais honte de l’avouer. » Puis il avoua un très grand péché.

« Dieu merci, tu as finalement été sincère » dit le prêtre, ému. « N’oublie jamais qu’une bonne confession est un grand bienfait. Tu n’as qu’à reconnaître honnêtement ta faute, et tu connais la sentence avant même d’être entré dans le confessionnal. C’est un acquittement et une grâce, voilà ce qu’est l’absolution de ta faute. Que ne donnerait le diable, pour pouvoir se confesser.  »

Bouleversé, le jeune homme quitta le confessionnal. Après un moment, le Curé se leva à son tour, fit la génuflexion devant l’autel. Sous le confessionnal, un vieux maître avait dessiné, quelque cent ans auparavant, le démon. Le prêtre jeta un coup d’œil à cette peinture du diable, et il lui sembla l’entendre grincer des dents.

G. Hünnermann

Les lèvres scellées, ou le sacrement de pénitence raconté aux jeunes.

 

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Jean 17/06/2007 16:25

Un texte qui donne des frissons... j'aimerais tant connaître un prêtre qui puisse lire dans les coeurs afin que je puisse demander pardon à Dieu de tous mes péchés...

Zabeth 14/06/2007 10:32

Ce texte est génial...quel bonheur de le relire! Merci!ça permet de se poser encore des questions!